Le Courrier du samedi 24 avril 2004 |
Chat de bois, chat de fer, la mouette prendra les airs |
AM STRAM GRAM A Genève, la compagnie Labiscou propose une subtile adaptation de la fable de Luis Sepulveda, "Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler" Avouons-le d'emblée, Le Chat et la mouette est incontestablement le coup de coeur de notre semaine théâtrale genevoise. Car la compagnie Labiscou, toujours friande d'expériences novatrices et originales, livre sur les planches d'Am Stram Gram une adaptation intelligente, drôle et poétique de la célèbre fable de l'écrivain chilien Luis Sepulveda. Une délicieuse histoire à déguster (dès 7 ans) jusqu'au 1er mai à Genève, ou lors de la tournée romande et française de la troupe(1). Zorba mène une paisible vie de chat. Ses maîtres sont en vacances, il se prélasse, mange des croquettes, voit ses amis. Jusqu'au jour où – catastrophe – une mouette migratrice, les ailes engluées de pétrole, vient s'échouer sur son balcon. Avant de mourir, elle fait promettre au matou récalcitrant de ne pas manger l'oeuf qu'elle va pondre, de nourrir le futur poussin et surtout de lui apprendre à voler. L'affaire n'est pas mince pour le chat, devenu maman mouette malgré lui. Mais il tiendra parole – "chat de bois, chat de fer, si je mens, c'est la misère" – quitte à mobiliser tous ses compères du port d'e Hambourg. UN NOUVEAU MONDE Traduite dans des dizaines de langues, l'Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler a déjà séduit des millions d'enfants de par le monde. Et la version de la compagnie Labiscou ne manquera pas de captiver les spectateurs d'Am Stram Gram, tant la mise en scène de René Trusses en multiplie les clés de lecture. Sur une scène nue, un tabouret et une table démesurément grands se font à la fois balcon, nid douillet, bureau ou encore table de bistrot. Dans ce décor, Philippe Campiche, Etienne Privat, Jacques Bouduban et Sylvie Zahnd rapetissent soudainement pour offrir une perspective nouvelle: celle de notre monde, vu à travers des yeux de chats. Tour à tour, animal, narrateur ou musicien, chaque comédien brise les frontières de son rôle pour endosser celui d'un autre. À l'instar de Zorba et ses acolytes, d'ailleurs, qui s'extirpent de leur univers étriqué pour s'intéresser à l'autre dans sa différence. LA POESIE TRIOMPHE On l'aura compris, nul besoin ici de masque oui de marionnette. La fable est animalière, certes, mais comme chez La Fontaine, c'est toujours l'homme que l'on tance. L'homme pollueur des mers, tout d'abord - mais aussi l'homme hermétique à la nature qui l'entoure. Et réfractaire au langage des animaux, eux qui saisissent les mystères du monde. Or Zorba parvient à briser le mur. Courageux, il entreprend de "miauler avec un humain" pour aider son amie la mouette à prendre son envol. Il aborde un poète, capable selon lui de "voler avec les mots". Et grâce à la compagnie Labiscou, c'est bel et bien la poésie qui triomphe sur la scène. Pour servir au mieux un texte qui, au-delà de la cause écologique chère à l'auteur, se veut avant tout un éloge de l'écriture. 1 Ces prochains mois, le spectacle sera visible le 12 mai à l'Echandole dYverdon (NE), les 14 et 15 mai aux Francophonies de Mantes-la-Jolie (F) et du 14 au 19 septembre à la salle du Vélodrome de Plan-les-Ouates (GE) Raphaële Bouchet Article paru dans Le Courrier du samedi 24 avril 2004 |
| Le
chat et la moulette: Tribune
de Genève, avril 2004 Le
Courrier , avril 2004 Oz: Tribune de Genève - 23.04.1999 - Le Courrier - Genève - 29.04.99 - Tribune de Genève - 30.04.1999 - L'Alsace - Mulhouse - 10.02.2000 |
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